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L’Architecture d’entreprise, le temps des illusions perdues ? Les principales sources d’échec

Suite de notre série concernant l’architecture d’entreprise, penchons nous aujourd’hui sur les principales sources d’échec d’un projet d’architecture d’entreprise.

Une mauvaise compréhension des cadres d’architecture du marché

La première étape consiste généralement pour les entreprises à faire le tour des cadres d’architecture du marché et d’en retenir un, par exemple TOGAF, comme base de départ.

Souvent mal compris des entreprises, les cadres d’architecture du marché sont perçus par celles-ci comme une recette de cuisine qu’il suffit de suivre pour atteindre le graal. Celui d’un SI aligné en continu à la stratégie de l’entreprise et créateur de valeur métier.

Si les ingrédients sont bien présents (démarche générale de mise en œuvre, macro-structure du référentiel d’architecture et principes de gouvernance globale), la plupart des cadres d’architecture sont en revanche très pauvres quant à leur mise en œuvre opérationnelle (le comment faire et le quand faire), et ne proposent pas de clé pour adapter la démarche au contexte de l’entreprise, à son réel pouvoir faire. Or, c’est souvent là, plus que sur le contenu, une source majeure d’échec et de désillusion. Les entreprises inexpérimentées, mal inspirées ou mal accompagnées, copient-collent ces cadres sans discernement et sous-estiment l’effort de conduite du changement à opérer tant côté métier que DSI. Elles ne prennent pas le temps de définir leur propre « business model » de l’architecture d’entreprise et en particulier son financement au long court. Elles oublient également que l’architecture est une co-propriété métier-DSI et que cette prise de conscience est loin d’être naturelle.

Une approche trop régalienne et trop jacobine

Parmi les sources d’échec, le positionnement de l’architecture d’entreprise dans l’organisation occupe une place de choix. Alors que légitimement rien ne présuppose de loger l’architecture d’entreprise plus du côté directions métiers que du côté DSI, c’est, dans la plupart des cas, à la Direction de l’Architecture au sein de la DSI qu’en revient, à tort, la seule maîtrise d’ouvrage et la seule maîtrise d’œuvre et par la même occasion un déséquilibre structurel entre les dimensions métier et système d’information.

Une coloration SI qui pèse lourd sur un autre élément phare et emblématique : le référentiel d’architecture. Pour le constituer, et sans réelle co-gouvernance métier-DSI, les entreprises se lancent tête baissée dans la promulgation de toute une série d’artefacts fondamentaux, qu’elles font établir de façon centrale et unilatérale par une élite bienpensante, souvent auto-proclamée architecte d’entreprise et dont le casting exclu quasi systématiquement les directions métiers. Une approche jacobine et régalienne qui positionne d’emblée l’architecture d’entreprise dans une tour d’ivoire et qui fait porter aux architectes d’entreprise la responsabilité démesurée de prévoir tous les cas, juste au cas où, d’être les représentants du « Deus Architectura » capables d’apporter une réponse absolue à toutes les problématiques d’architecture. Elles créent un carcan qui nuit à l’innovation et fait passer l’architecture d’entreprise pour un destructeur de valeur.

Le manque de promotion

Nul n’étant censé ignorer la loi, les entreprises emploient différents canaux de diffusion du cadre d’architecture, espérant que la greffe prenne. Trois canaux sont généralement utilisés : la formation pour évangéliser l’ensemble des « clients » potentiels de l’architecture ; le monitorat auprès des projets pour s’assurer en amont des instances de contrôle que la loi, non seulement est connue, comprise et appliquée, mais surtout est bien appliquée. Et enfin, un accès banalisé à l’ensemble des éléments du cadre dont le référentiel d’architecture, le classique Intranet de l’architecture d’entreprise.

  1. Sur l’aspect formation, si l’intention est louable, c’est le plan de formation qui pêche. Rarement établi dans les règles de l’art, il manque d’efficacité. Les formations prévues sont soient trop générales soient trop complexes et au final souvent inadaptées aux différentes populations, avec l’effet contreproductif et la contrepublicité que l’on peut imaginer. Car au-delà du cœur de cible que représentent naturellement les architectes de tout bord (du métier à l’infrastructure), le cadre d’architecture intéressent également d’autres acteurs SI comme les chefs de projets et les gestionnaires de patrimoine et de nombreux acteurs métier, y compris certaines fonctions support comme les juristes ou encore les acheteurs.
  2. Coté monitorat, en l’absence d’un vrai contrat d’architecture entre les projets et l’architecture d’entreprise, la frustration est souvent de mise et les victoires petites. Les projets non engagés formellement vis-à-vis de l’architecture d’entreprise restent arcboutés sur la défense des intérêts de leur donneur d’ordre et de leurs exigences locales.
  3. Quant à l’intranet de l’architecture d’entreprise, par manque d’une conception professionnelle orientée expérience utilisateur, son ergonomie est inadaptée à chaque « parcours clients » de l’architecture d’entreprise. Peu, voire pas « markété », manquant de services à destination de ses usagers et pâtissant d’une faible gouvernance de gestion de son contenu, il est sous utilisé et ne joue pas le rôle que l’on attend de lui, de relai, d’aide à la conception mais aussi de découverte et d’auto-formation au cadre d’architecture.
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